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Le nouvel Eldorado de la main-d’œuvre

Le nouvel Eldorado de la main-d’œuvre

Trois-Rivières, 14 octobre 2021 - Qui n’a jamais entendu parler de la ruée vers l’or ? Cette époque mythique où les chercheurs d’or parcouraient des milliers de kilomètres pour de précieuses pépites.

C’est la rareté, la pureté et la beauté de cet élément unique qui engendraient une telle convoitise.

Cette définition colle parfaitement à notre main-d’œuvre, qu’on pourrait qualifier d’or moderne. De plus en plus difficile à trouver, il faut souvent littéralement traverser mers et monde pour dénicher les travailleurs qui vont assurer la pérennité de nos entreprises.

Quand il est question d’employés du domaine de la santé, l’enjeu devient encore plus crucial.

Nous avons rencontré les propriétaires de la Résidence Saint-Joseph-de-Nicolet qui ont eu recours à Groupe SFP, une firme de ressources humaines, spécialisée en recrutement international, afin d’en apprendre plus sur le sujet.

Grâce aux efforts de SFP, Nicole et Yvon Perreault ont pu ajouter à leur équipe deux préposées aux bénéficiaires provenant des Îles de la République de Maurice.

Un sourire qui ne ment pas ornait le visage de M. Perreault lors de notre entrevue. Il était évidemment accompagné de ses deux nouvelles préposées Monita Burtony et Marjorie Duval.

Les salutations n’étaient pas amorcées qu’un constat nous frappa de plein fouet. La bonté des travailleurs de la santé est universelle. Ces gens qui ont choisi d’œuvrer pour aider leur prochain ont cette absence de malice gravée dans les yeux.

Mais pourquoi ces dames au grand cœur étaient-elles assises là devant nous, à des milliers de kilomètres de leur île paradisiaque ?

Marjorie prit le bâton de la parole et se fit un devoir de nous expliquer ce qui l’a menée au pays de l’hiver.

« Le Canada, c’est un pays de rêve. Mon pays aussi est une perle dans l’océan Indien, mais je peux vous dire que chez vous c’est un El Dorado. Je connais beaucoup d’immigrants qui proviennent d’un peu partout et ils m’avaient parlé d’ici. Moi, je suis une exploratrice, je voulais vivre l’expérience. Je voulais apprendre et recevoir de tout le monde », lança celle qui donne sans compter, chaque jour.

Mais l’hiver ?

Le froid ?

Et que dire de la poutine, cette gibelotte brune, si peu appétissante pour un non-initié ?

« Mais, on aime la poutine, argua Monita et on a hâte de faire des batailles de boules de neige », insista-t-elle.

Décidément, ces deux-là n’ont pas froid aux yeux.

Et c’est peu dire. Il aura fallu plusieurs mois de démarches en plus de traverser une pandémie mondiale, avant d’atterrir en terre « d’El Dorado » comme elle le formule si bien. Le ruban tournait depuis moins de trois minutes que déjà ces ardentes travailleuses de la santé m’insufflaient la métaphore des chercheurs d’or.

 SFP, par le biais d’une agence œuvrant aux Îles Maurice avait déniché deux humaines d’exception.

« Il y a des gens d'ici qui soumettent leur candidature. Souvent, ils ne restent pas. Le métier de préposé est difficile », nous avoua M. Perreault, assurant du même souffle que les Mauriciennes avaient la vocation en elles. 

« Ce n’est pas qu’un travail, c’est une prière pour moi », nous imagea doucement Monita, tandis que Marjorie prolongeait la pensée de sa compatriote : « Il faut aimer. Si on fait ça au petit bonheur à cause de l’argent, ça ne passera pas. Il faut aimer, il faut aimer », insista-t-elle.

Rien n’est jamais parfait. Bien sûr, il y eut quelques adaptations. Des moments donnèrent droit à des fous rires.  Le français utilisé par les Québécois et les Mauriciens comporte quelques différences.

« Au début, plusieurs résidents nous disaient « Tu es fine, tu es fine », mais on ne comprenait pas ce que ça voulait dire. On se demandait s’ils nous reprochaient quelque chose. Maintenant, on est heureuse d’être fines », affirma Monita en riant.

Au moment de l’entrevue, la Résidence Saint-Joseph-de-Nicolet était la demeure de 24 religieuses, 17 frères et quelques laïcs.

Nous désirions avoir le son de cloche d’une ou d’un bénéficiaire.

Prestement, M. Perreault invita sœur Anne-Marie Blanchette à joindre la conversation.

Une silhouette filiforme avec une posture droite, fière, impeccable, comme on en voit rarement, se hissa devant nous.

Interpellée sur nos vedettes de l’heure, sœur Blanchette n’avait que de bons mots au sujet de Marjorie et Monita :

« Je les admire beaucoup pour les démarches qu’elles ont faites, pour leur ouverture d’esprit et pour avoir eu le courage de venir ici. C’est facile de communiquer avec elles, elles s’occupent très bien de nous », assurait-elle à propos des nouvelles préposées.

Pour M. Perreault, les Mauriciennes sont des pionnières à la résidence. Il ne se pose plus la question, le recrutement international est la voix à suivre à une époque où la main-d’œuvre manque cruellement à l’appel.

« On est actuellement en démarche afin d’ajouter d’autres employés en provenance de l’étranger. Ça peut prendre encore une fois 12 à 15 mois. Mais, on n’a pas le choix de se tourner vers le recrutement international », concluait-il.